Commencements_et_fins

Acheté, lu aussitôt ?

Parmi les nombreuses perles qui parent Anna Karénine, une m'enchanta particulièrement. Scène à la campagne, chez les Lévine. Deux personnes ont un penchant l'une pour l'autre, elles flirtent agréablement. Tous, y compris elles-mêmes, pensent au mariage et attendent qu'elles se déclarent leur amour. Une cueillette aux champignons semble leur en fournir l'occasion ; elles s'éloignent des autres ; ça y est, le moment est propice. Elles se trompent de conversation, parlent champignons ; le moment est raté. Elles rejoignent les autres, au fond soulagées que rien d'irrémédiable n'ait été prononcé. Fin de l'idylle. C'est du Tchékhov ! m'exclamai-je. J'eus alors envie d'écrire sur une nouvelle de cet écrivain, La dame au petit chien. Mais au préalable, je voudrais faire la généalogie des lectures qui me menèrent à lire du Tchékhov, dont l'image répandue de "bon docteur humaniste" me tint longtemps éloignée. Un article de Léon Chestov, lu dans le recueil Les commencements et les fins, balaya pour moi ce cliché.